Une illusion
Un fragment de journal sur les inquiétudes, les illusions protectrices et la rencontre parfois douloureuse entre nos attentes et la réalité.
9/9/20264 min read
Ok, donc j’ai décidé d’écrire sur ordinateur.
Je ne trouvais pas de cahier qui me plaît, et celui qui me plaisait était trop cher. Puis ce n’est pas vraiment écologique d’écrire des cahiers entiers qu’au final on finit par jeter. Ce que je dis n’a aucun sens.
Comme cette écriture qui ne me mène pas plus loin que les portes de ma maison.
Car oui, je ne sors pas de chez moi.
Je reste dans l’ombre, comme on dit, et je languis.
De qui exactement je languis, je ne sais pas.
Hmm… menteuse, tu le sais, mais tu ne l’assumes pas.
Comme tu n’as jamais assumé la responsabilité de tes actes.
C’est facile de fuir. De mettre la faute sur les autres.
De dire qu’on ne t’a pas montré, que ça n’a pas marché, que « c’est comme ça qu’on t’a fait ».
Facile, non ?
Et soudain, pouf… le sac à dos sur ton dos devient plus léger.
Le sac avec lequel tu allais à l’école, rempli de livres et de fournitures, rempli d’inquiétudes et de pensées. Mais un beau sac. Acheté par la tante Mărussica et son mari, ce couple, si proche de notre famille.
Un sac en cuir composé d’une multitude de morceaux colorés cousus ensemble.
Il était lourd, ce sac. Trop lourd. Je sens encore aujourd’hui la tension qu’il créait dans mon épaule.
Mais était-ce vraiment le sac qui était lourd, ou étais-je déjà figée et tendue par les inquiétudes et les pensées ?
Ces inquiétudes ont toujours existé.
Comme si j’étais née avec elles.
Comme si j’étais née avec ce sac.
Des inquiétudes tellement profondes, tellement collées à la peau, qu’on ne sait même plus où tout a commencé, quelle est la racine.
J’aimerais pouvoir les laver.
Rester des heures dans une baignoire remplie de lait chaud, de miel et de fleurs pour nettoyer cette tache sur ma peau.
Mais comment laver quelque chose qui est déjà dans ta peau, qui coule dans ton sang, qui fait partie de la structure même de ton corps ?
Est-ce qu’on peut vraiment laver ça ?
Est-ce que ces inquiétudes qui composent presque la colonne vertébrale peuvent disparaître ?
Je ne sais pas ce qui est possible.
Je ne suis pas ingénieure en biologie moléculaire. Mais au moins, j’aimerais connaître les racines de ces inquiétudes. Les comprendre.
Et peut-être alors essayer de me lier d’amitié avec elles.
Trouver une manière de vivre ensemble dans ce temple corps-esprit.
Parce qu’au fond, ce n’est peut-être pas une question d’arracher, de couper, de tuer, de guérir ou d’oublier. Mais plutôt d’apprendre à vivre avec.
Car même si ces inquiétudes sont une source de douleur, elles sont aussi devenues une source d’exigence, d’intelligence, de questionnement permanent, de droiture, d’ambition, d’ouverture et de curiosité. Rien n’est totalement bon ou mauvais. Tout est une question de perspective.
Comme disent les Français : « à quelque chose prêt le malheur est bon ».
Et je crois profondément que c’est vrai. Même si parfois on l’oublie.
Nous imaginons un scénario à partir de critères sociaux, culturels, avec un peu de cinéma et beaucoup de projections. Nous le rêvons tellement fort qu’il finit par nous sembler réel.
Cette réalité imaginée, cette illusion, c’est comme une berceuse pour endormir un bébé dans les bras de sa mère. Elle berce. Elle réchauffe. Elle endort doucement.
D’une certaine manière, nous nous chantons nous-mêmes cette berceuse, puis nous nous endormons dans une illusion que nous avons créée. Puis nous grandissons.
Nous devenons des adultes indépendants, avec de grands objectifs.
Nous pensons être adultes au sens plein du terme. Mais souvent, nous restons bercés par l’illusion d’un bébé. Et tout ce qui ne rentre pas dans cette illusion, nous le rejetons. Nous l’écartons.
Ou alors nous créons inconsciemment toutes sortes de circonstances pour maintenir cette illusion à n’importe quel prix. Pourquoi sommes-nous autant attachés à cette illusion ?
Parce qu’on s’y sent bien.
C’est chaud. Confortable.
Et surtout, cela nous évite de voir une réalité qui, au moment où l’illusion a été créée, était trop difficile à accepter. Alors nous créons une illusion salvatrice pour nous protéger. Et cette illusion finit par écrire un scénario de vie. Une manière dont les choses doivent être pour atteindre cette illusion, pour la vivre.
Et tout ce qui ne rentre pas dans ce scénario est rejeté, caché, coupé. Le scénario doit continuer.
Mais chaque fois que ce scénario rencontre la réalité, il y a une collision.
Entre ce qui est et ce que nous voulions que ce soit. Et ça fait mal.
Alors nous fuyons. Nous nous cachons. Nous mettons la faute sur les autres.
Mais rarement nous nous demandons : « Qu’est-ce que je dois voir ou comprendre à travers ça ? »
C’est difficile. Difficile d’assembler toutes les pièces et de voir qu’il existe une dissonance entre la réalité et l’illusion. Difficile de trouver la cause de cette illusion, de lui parler, de comprendre pourquoi nous l’avons créée. Une illusion. Illusion.